“Handicap - Soins - Ecole - Réponses Adaptées“ (HSERA) - 15, rue Ribière - 75 019 PARIS - Webmestre


Enfants handicapés
La scolarisation ordinaire pour tous est inadaptée, voire dangereuse
Pour des mesures adaptées aux besoins spécifiques de chacun


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LETTRE A M. NICOLAS SARKOZY,
Président de la République


Monsieur le Président,

Pour une société digne de ce nom, il n’est pas de plus grave question que celle des jeunes, handicapés ou en très grande difficulté ; parce que ce sont des enfants ou des adolescents parmi les plus fragiles, parce qu’ils nous renvoient l’image de notre propre vulnérabilité et mesurent le degré de justice et de solidarité de notre pays.

Chacun d’entre eux a le droit d’être regardé comme un membre à part entière de la société et celui de recevoir une réponse adaptée à ses besoins spécifiques. La seule manière de concilier cette double nécessité est une réponse élaborée au cas par cas, avec la famille, ouverte vers les autres, mise en oeuvre par des professionnels qualifiés qui connaissent le jeune, ses problèmes, et qui ont les moyens d’accompagner au plus près son évolution.

Il est certain que, de ce point de vue, notre société n’a pas atteint un niveau idéal ; mais au fil du temps, elle a su bâtir des solutions efficaces d’accompagnements, d’éducation et de soins, parce que basées sur une collaboration entre parents, médecins, professionnels médicosociaux et enseignants de l’Education Nationale.

Ces mesures sont nécessairement individuelles et donc multiples.

Elles peuvent consister en soins accompagnant une scolarisation dans une classe ordinaire, si celle-ci est possible et profitable à l’enfant ou l’adolescent ; dans d’autres situations, on peut envisager la complémentarité d’un service de soins et d’une intégration scolaire progressive dans une classe adaptée ; sinon, une prise en charge complète dans un établissement spécialisé, mais ouvert vers l’extérieur, peut se révéler être la meilleure indication. Toutes ces solutions existent ; elles sont irremplaçables.

Il est aussi incontestable que leurs moyens de fonctionnement doivent être assurés et que beaucoup d’entre elles mériteraient d’être développées. Ainsi, Monsieur le Président, vous ne pouvez ignorer que 47 500 places adaptées en établissements et services devraient être créées ; au moins 4 000 jeunes parmi les plus en difficulté, ne trouvant aucune place dans notre pays, sont actuellement pris en charge en Belgique. Vous savez aussi que de nombreuses structures pour adultes handicapés n’ont plus de personnel qualifié.

La fréquentation de l’école peut favoriser l’émulation et le dépassement de soi, tout comme la présence d’un enfant handicapé peut modifier le regard des condisciples valides et, espérons le, des adultes de demain. Mais, la confrontation à des camarades inscrits dans le milieu ordinaire peut aussi provoquer un sentiment d’échec et la perte de confiance en soi. Nous l’avons dit, chaque cas est particulier, chaque réponse doit être mesurée.

Aucune réponse adaptée ne peut venir d’une obligation faite à tous.

Dès lors, comment pourrait-il devenir possible de décréter qu’un enfant, présentant une déficience mentale assez sévère ou de graves troubles de la personnalité, profiterait automatiquement de son inclusion dans une classe ordinaire ? Les pathologies qui entravent l’évolution de ces jeunes touchent précisément à des capacités qui sont à la base même de toute scolarisation. Que peuvent faire pour eux des enseignants, malgré l’aide que tentent de leur apporter des auxiliaires en situation précaire, sans formation ni qualification ? Ils ne sauraient en aucun cas, ni les uns ni les autres, remplacer les professionnels spécialisés pour des soins adaptés.

En abandonnant ces enfants et adolescents à leur handicap et à leur échec, on renforce leur discrimination, on réduit leurs perspectives de progrès et d’autonomie.

Pour les jeunes présentant des troubles sensoriels ou moteurs, nous devons constater que leur inclusion au sein de l’école ordinaire aboutit concrètement à ce que l’on restreigne les moyens humains, matériels et financiers des classes spécialisées, et à fragiliser les liens que celles-ci avaient édifiés avec les centres de soin. Cela, alors que près de 1 500 classes spécialisées ont été fermées ces dix dernières années et que, depuis vingt ans, plus de 14 000 postes d’enseignants spécialisés ont été supprimés.

Pourrait-on accepter que l’on réserve les structures actuellement existantes aux seuls jeunes les plus lourdement handicapés, ceux pour qui l’inclusion à l’école ordinaire paraîtrait par trop insensée ? Ces établissements ne requerraient plus alors qu’un personnel minimum de gardiennage et seraient progressivement dessaisis de toute mission éducative, pédagogique et thérapeutique. D’ores et déjà, ils subissent quotidiennement les effets de limitations financières draconiennes et de pesantes contraintes administratives. De quelle prise en charge bénéficieraient les jeunes handicapés à qui ces nouveaux asiles seraient destinés ?

Comment se résigner au fait que des milliers d’enfants devraient être laissés pour la plus grande part au seul soin de leur famille ? Combien des 47 500 enfants sans solution sont actuellement à la seule charge de leurs parents, avec ou sans quelques heures par semaine de présence à l’école, avec ou sans quelques heures d’aidant familiaux ? Trop de drames se produisent déjà à domicile parce que de jeunes enfants, gravement perturbés, ne bénéficient d’aucun suivi médicosocial conséquent.

Nous voudrions ne pas croire, enfin, que tout cela est en réalité justifié par le fait qu’une place à l’école ordinaire peut coûter jusqu’à dix fois moins cher qu’une place adaptée.

Monsieur le Président, répétons-le : la prise en charge spécialisée des jeunes handicapés mérite sans cesse d’être améliorée, alors que nous assistons à son élimination progressive ; et, en dehors de déclarations généreuses, rien n’est mis à la place.

En conséquence de quoi nombre d’enfants et d’adolescents sont actuellement privés des soins et des encadrements adaptés qui leur sont indispensables ; en conséquence de quoi nombre de jeunes handicapés sont aujourd’hui maltraités dans notre pays.

Il est encore temps, il faut arrêter ce désastre.

Décidez-le !

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de notre respect.

 



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Ont déjà donné leur accord sur cette lettre les personnes suivantes, qui souhaitent que vous les rejoigniez :

Anne ALVARO, comédienne. Professeur Michel BASQUIN, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Dr. Catherine BONNET, pédopsychiatre. Dr. Rony BRAUMAN, médecin, essayiste. Daniel CALIN, formateur d’enseignants spécialisés. Mme et Mr CASSIANI-INGONI, parents. Dr. Jean-Louis CHABERNAUD, pédiatre, néonatalogiste. Dr. Marie-Claude CHANORIER, pédopsychiatre. Mme et Mr COSETTE, parents. Professeur Marie-Thérèse COUSIN, professeur honoraire d’anesthésie et réanimation des hôpitaux de Paris. Fanny DEBAT, enseignante de primaire. Dr. Patrick DELAROCHE, pédiatre, psychanalyste. Dr. Marie-Hélène DOGUET, psychiatre, psychanalyste. Dr. Catherine DOLTO, Médecin, Haptothérapeute. Françoise DURRIEU, directrice générale d’association. Danielle DUTHEIL, assistante de service social. Serge DZIOMBA, psychanalyste. Alain FAUQUEUX, parent. Olivier FOUQUET, directeur d’établissement spécialisé. Katy FUENTES, Directrice de CAMSP. Professeur François GUERIN, Ancien responsable du service de cardiologie de l’hôpital Cochin. Claudie HERBAU-LAURENT, directrice d’école maternelle. Christiane HENRY, technicienne en travail social retraitée, administratrice d’association. Jean-Marie HOBET, chef de service éducatif. Dr. Michel JOLLIVET, pédopsychiatre, psychanalyste. Marie-Claude JURET, directrice d’établissement spécialisé. Anne KHELFAT, parent. Claire LASNE-DARCUEIL, comédienne et metteur en scène, directrice du centre dramatique Poitou-Charente. Emmanuelle LEGALLIC, enseignante spécialisée. Ghislaine LIOUX, enseignante spécialisée. Christina MARTINS, enseignante de primaire. Dr. Michèle MAZEAU, Médecin de rééducation. Martine MERCURIN, institutrice retraitée. Olivier MERCURIN, enseignant spécialisé. Odile MOURRE, psychologue. Florence NICOLLE, enseignante spécialisée. Pascal OURGHANLIAN, enseignant spécialisé, référent pour la scolarisation des élèves handicapés. Patrick PINEAU, comédien et père de famille. Alain PLANEIX, directeur d’établissement spécialisé. Olivier QUEROUIL, chargé de mission de l’Assurance Maladie. Dr. Pierre RIVIERE, pédopsychiatre. Christiane ROQUE, Présidente de l’Association Française du Syndrome de Rett. Francis ROQUE, Président de l’Association de Défense des Polyhandicapés, dite ASEPO 66. Dr. Roger SALBREUX, pédopsychiatre. Dr. Pierrette SALVAING, médecin scolaire. Dr. Nathalie SARFATY, pédopsychiatre. Antoine SPIRE, journaliste et écrivain. Lionel TATE, directeur d’établissement spécialisé. Dr. Eva TOUATY, neuropédiatre. Norbert TRICHARD, enseignant spécialisé. Régine VIARD, mère de famille. Gérard ZRIBI, directeur général d’association. Dr. Elisabeth ZUCMAN, Médecin de réadaptation fonctionnelle.

 



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